29 avril 2009

Récit de mon dernier jour au Laos

21 Mars 2009: Aujourd'hui c'est mon dernier jour 'actif' au Laos. Demain, je dois prendre un bus pour Vientiane, la capitale du Laos, et m'envoler pour Kuala Lumpur. Mes derniers jours au Laos j'ai décidé de les passer dans le sud du pays, à Champassak, un petit village tout en longueur au bord du Mekong et proche de What Phou, un temple Khmer aujourd'hui complétement en ruine. Il m'a fallu deux jours pour arriver ici avec les bus locaux. J'ai fait un premier arrêt à Savannahket, à mi-chemin entre Vientiane et Pakse, pour rendre visite à Phom, un moine bouddhiste que j'ai rencontré à Vientiane et qui ne cesse de m'appeler sur mon portable depuis que je lui ai filé mon numéro.

lomoasia.jpg

Phom le moine et moi à Vientiane

A Champassak, j'ai trouvé un joli petit bungalow à 2 euros la nuit. Pour ce prix j'ai quand même un king size bed, une petite salle de bain et un deck près du Mekong pour déguster des Beerlao fraîches et pas chères avec les rares touristes du coin. J'ai conseillé mon auberge à deux autrichiennes et un australien, et surprise, ils ont pris une chambre. Un peu de compagnie, ça fait du bien! Malheureusement ce matin ils ont décidé d'aller visiter What Phou et je me retrouve seul. Un peu triste pour un dernier jour...

Picture 1.jpg

A midi, je regarde mon guide de voyage et je lis quelques lignes sur un petit village à 40 km de Champassak. Il paraît que des villageois organisent des treks à dos d'éléphant. J'avais fait ça à Luang Prabang et j'avais été vraiment déçu, alors pourquoi ne pas retenter l'expérience avec une initiative plus locale. Je ne vais pas passer mon dernier jour à me tourner les pouces au bord du Mekong! Ni une, ni deux, je fais un sac et je me mets à la recherche d'une moto. Première tentative dans une petite auberge, 7 euros la journée. Trop cher, je n'ai besoin de la moto que pour une demi-journée et la propriétaire ne veut pas baisser son prix. Deuxième tentative dans une autre auberge, 4 euros. Et en plus c'est une Honda Wave, du solide donc...je fais mon plein d'essence (1,5 euros) et je pars.

Premier obstacle. Je dois traverser le Mekong. Le village se situe de l'autre côté du fleuve et il faut traverser en 'ferry'. Il s'agit d'une embarcation un peu précaire, fabriqué avec deux barques jointes et un mini-moteur, mais tout se passe bien.

lomoasia (3).jpg
Les barques permettant de traverser le Mekong pour rejoindre Champassak

Deuxième obstacle: Ma Honda Wave semble avoir fait son temps. Le système électrique ne fonctionne plus. Le gars m'a dit que je ne pouvais pas démarrer avec la clé et il faut donc que j'utilise le kick. Avec mes tongs, je n'arrive pas à démarrer et je dois me faire aider par les gars du ferry! J'arrive à partir et au bout de 10 minutes mon moteur lâche. Je me retrouve au bord de la route, un peu désespéré. Je suis trop loin pour rentrer à pied et je ne vois personne à part quelques camions. Je décide de faire demi-tour, il y a une descente et miracle, sans rien faire, ma moto redémarre. Je décide de repartir et si je retombe en panne, je n'aurais qu'à courir pour faire redémarrer le moteur.

Troisième obstacle: Je roule sur une bonne route, mais lorsque j'arrive à 10 km du village je dois prendre un chemin en terre. Je ne suis pas un motard et je ne suis pas très rassuré par la sensation de glissement sur ces routes. En plus de ça, il faut éviter les crevasses et on se prend plein de poussière.

lomoasia (2).jpg
Terre et poussière. Photo prise avec mon Lomo Supersampler.

Il m'aura fallu un peu plus d'une heure en plein soleil pour finalement arriver à destination, le village de Ban Kiatngong. J'arrive au milieu des rizières et déjà je peux apercevoir quelques éléphants au travail. Je trouve très rapidement le point de départ des treks et j'ai à peine le temps de boire un Iced Tea que je suis déjà sur le dos d'un des mastodontes. Mon mahout (homme qui murmure à l'oreille des éléphants) est un gars sympa. On communique par geste et ça se passe plutôt bien. Je comprends que la balade dure 2 heures et qu'une fois en haut de la montagne, il y aura un temple à visiter. Je suis content car je suis seul dans la forêt, avec mon mahout et son éléphant. Souvent ce genre de balades se fait à deux avec plusieurs éléphants en ligne, comme j'ai pu le constater à Luang Prabang. Ici on ne peut pas dire que les touristes se bousculent au portillon.

lomoasia (1).jpg
Mes pieds en terre rouge, mon mahout et son éléphant

Arrivé en haut, j'aperçois effectivement une ruine qui a pu ressembler à un temple. Il s'agit de Phou Asa. Une petite cabane en hauteur permet de monter ou descendre des éléphants, et j'ai donc le temps de me promener dans la ruine pour prendre quelques photos. La ruine est en fait pas mal du tout. Tout autour du temple, il y a des colonnes de pierre assez imposantes, ce qui donne une atmosphère assez particulière au lieu.

lomoasia (4).jpg
Les colonnes de pierre entourant Phou Asa

Quand je reviens, mon mahout est occupé à téléphoner. Il ne semble pas trop se soucier de moi et j'attends 10 minutes avant de pouvoir remonter sur l'éléphant. J'en conclus que Phou Asa est le seul endroit où il a de la réception. Il en profite donc pour passer ses coups de fil une fois en haut. Ça me donne l'occasion de faire quelques cliché de l'éléphant et de rigoler avec un autre gars du village.

lomoasia (5).jpg
Un gentil villageois (gauche) et mon mahout occupé à téléphoner (droite)

La descente est un peu moins tranquille, parce qu'il faut être attentif pour ne pas tomber de l'éléphant. Et puis ça bouge pas mal en haut, j'en ai presque le mal de mer. Une fois arrivé, je peux reprendre ma moto pour rentrer à Champassak. Le retour se fera sans encombres, avec un seul arrêt pour prendre un jus de canne fraîchement pressé au bord de la route. J'arrive dans ma chambre recouvert de terre et la peau un peu brûlée. Pour finir en beauté, je prends une douche et je vais me faire masser au Champasak Spa. Il s'agit du seul endroit pour se faire masser à Champassak, et bizarrement, il a été ouvert au début du mois par une française. L'idée c'est de former des gens du village à la technique du massage lao, de promouvoir le tourisme, et d'éviter aux locaux de devoir aller à Pakse pour se faire masser. L'endroit est vraiment classe. On peut se faire masser à l'extérieur au bord du Mekong et un sauna traditionnel est prévu pour plus tard. Pendant mon massage, un orage violent éclate. Cette première pluie annonce le début de la saison humide. C'est mon dernier jour, peut être le signe qu'il est temps pour moi de partir.

28 avril 2009

Des bidons d'eau pas très abordables

En Afrique, le transport de l'eau est une tâche souvent fastidieuse, pouvant impliquer plusieurs kilomètres de marche par jour pour ramener, souvent sur la tête, un bac de quelques dizaines de litres. Ce sont parfois les enfants qui s'en occupent. Vous avez peut être déjà entendu parlé du Q Drum ou du Hippo Water Roller, deux produits très simples permettant de faciliter le transport quotidien d'eau. Le design de ces produits est très proche, un bidon plus ou moins grand que l'on peut faire rouler sur lui même. Un exemple de minimalisme qui n'est pas sans rappeler l'invention de...la roue en 3500 avant J.-C. Si vous voulez voir des gens heureux utilisant ces deux révolutions du design contemporain, je vous laisse regarder les deux vidéos ci-dessous:

Les populations ciblées sont les familles pauvres. Ainsi, comme l'inventeur du Q Drum le dit dans la deuxième vidéo, le problème c'est que les gens pour qui son produit est destiné ne peuvent pas se l'acheter. Et encore, le Q Drum est vendu 35US$, alors que l'Hippo Water Roller est vendu au prix exorbitant de 100US$ (pour ce prix, les frais de transport sont compris, ouf). Du coup, la distribution des bidons dépend largement de la charité.

"The people that need them need can't afford them & must rely on people who can afford them but don't need them"

Gros soucis donc, puisque cela limite grandement l'adoption généralisée du système à la place du bac traditionnel sur la tête. Pour l'instant, seulement 25 000 Hippo Water Roller ont été distribués gratuitement, soit un montant en donation d'environ 2,5 millions de dollars. Apparemment le prix s'explique au fait que le moulage par rotation, la technologie utilisée dans la fabrication des bidons, est un procédé long et donc coûteux. Je n'y connais rien en moulage industriel, mais je me dis que peu de gens gagnant moins de 1 dollar par jour sont prêts à donner 35 ou pire 100US$ pour un bidon en plastique en forme de roue. D'ailleurs je me demande si ceux qui reçoivent ces bidons gratuitement se rendent bien compte du prix de leurs bidons de luxe.

Picture 1.jpg
Enfants utilisant leurs luxueux Hippo Water Roller

J'ai récemment lu 'Out of Poverty', le bouquin de l'entrepreneur social Paul Polak. Son livre tourne essentiellement autour de ce genre de problèmes liés au design pour les plus pauvres. Selon lui, si tu ne peux pas vendre au moins un million d'unités et si le retour sur investissement dépasse 1 an, alors ne t'embête pas. La vraie solution, ce serait de trouver un procédé industriel permettant de réduire le coût de fabrication d'un bidon par 5 ou même 10. Tant que ce procédé n'est pas trouvé, alors cela ne sert à rien de sortir le produit. On ne va pas me dire que dans un monde où l'on peut fabriquer un ordinateur pour moins de 100US$, il est impossible de fabriquer un bidon rond de 100 litres en plastique pour moins de 10US$. S'il faut baisser la qualité du bidon pour que le prix descende, alors je dirais qu'il faut le faire. Toujours en suivant les exemples de Paul Polak, les gens pauvres auront toujours tendance à préférer un bidon à 10 dollars durant 1 an qu'un bidon à 100 dollars capable de servir pendant 10 ans...c'est bien lorsque ces gens pauvres seront capables d'investir dans ce genre d'outils que l'on pourra parler de succés.

J'ai l'impression que les créateurs distribuent ces bidons comme on distribue une moustiquaire. Au lieu de se concentrer sur les donations et considérer les gens pauvres comme de simples récipients, il serait peut être plus facile de convaincre en masse les gens d'acheter le produit une fois qu'il est abordable.

27 avril 2009

Petit état de mes prêts sur Kiva

J'ai commencé à prêter de l'argent sur Kiva en décembre 2008 et j'ai pour l'instant réussi à soutenir le rythme d'un nouveau prêt par mois. J'ai donc 5 prêts en cours et chaque mois je reçois un peu plus de 8 US$ que je peux réinvestir immédiatement. Il me faudra ainsi entre 12 et 15 prêts pour pouvoir faire un nouveau prêt par mois rien qu'avec mes remboursements.

Pour le mois d'avril, j'ai célébré mon contrat de volontariat en faisant un prêt au Ghana. J'ai décidé de soutenir Betty, qui habite dans la région Centrale (vers Cape Coast). Veuve et mère de 4 enfants, elle sollicite un prêt pour acheter de quoi faire tourner son petit restaurant en bord de route. Je risque d'aller à Cape Coast un de ces jours, alors si j'en ai l'occasion, je ne manquerais pas d'aller goûter sa cuisine locale!

296807.jpg

Autre nouvelle, les Kiva Fellows sont partis au quatre coins du monde pour soutenir les organismes de microfinance sur le terrain, ce qui n'empêche pas Kiva d'être régulièrement à sec (tous les prêts sont financés). Vous pouvez toujours suivre les aventures des Kiva Fellows sur un blog dédié. Enfin, Kiva a mis en place un nouveau système permettant de suivre de plus près le déroulement des remboursements. On peut désormais voir le planning des paiements et les éventuels problèmes de délinquance au mois. Le tableau se trouve tout en bas sur les fiches d'entrepreneur.

26 avril 2009

BOY 84 EFD AG

Il y a exactement 10 ans, j'ai reçu une lettre de Brazzaville (Congo) pour une demande de correspondance. J'avais 15 ans et j'étais vraiment surpris de recevoir une lettre en provenance du Congo. L'organisme de correspondance m'avait donné l'adresse d'une personne en Australie, mais pas au Congo! Je suis 'Boy 84 EFG AD', le numéro attribué par l'organisme, mais Nuptia a oublié de me donner son adresse, et je n'ai jamais pu répondre au message adorable qu'elle m'a envoyé!

Boy 84 EFG AD

Cette lettre fut envoyée le 24 avril 1999. Je profite d'Internet pour lancer un petit appel afin de reprendre contact avec Nuptia. Si tu connais Nuptia Moras, née en décembre 1985, ayant été scolarisée au CS Les Hirondelles à Brazzavilles et dont les frères s'appellent Emerson et Gédéan, alors n'hésite pas à me contacter. Je sais aussi que son papa, Edgar Lucien Morapenda, était directeur du CS Les Hirondelles et sa maman, Marie Clothilde Moras, secrétaire au Centre Hospitalier Universitaire de Brazzaville. A bon entendeur, merci!

23 avril 2009

Un projet riz au Ghana

Comme promis hier, je vous parle plus en détail de ma mission avec l'AFVP (Association Française des Volontaires du Progrès). Je suis en ce moment la formation de préparation au départ et je m'immerge progressivement dans la culture du volontariat. Mon départ est prévu pour le 7 Mai et je serai basé à Bolgatanga, une petite ville complétement au nord du Ghana, juste au sud du Burkina-Faso pour une période de deux ans.

Je vais travailler sur un programme d'appui à la filière riz mis en place par le Ministère de l'Agriculture Ghanéen et financé par l'AFD (Agence Française de Développement). Quatre volontaires du Progrès sont déjà en place dans trois régions du nord du Ghana, je suis le dernier à débarquer, avec en charge la région de Bolgatanga (Bolga pour les intimes, mais je ne sais pas si je peux déjà me permettre de la nommer ainsi).

Picture 1.jpg

Mes vaccins sont fait et j'ai hâte de rejoindre mon nouveau lieu de travail. Je n'ai jamais mis un pied en Afrique et je suis vraiment heureux de pouvoir compter sur l'AFVP pour que tout se passe dans de bonnes conditions. Comme pour mon départ en Asie du Sud Est, je me prépare au choc culturel et je suis envahi par un mélange d'excitation et d'appréhension.